- Johanna, tu dois sortir !
- ...
- Johanna ! Je sais que tu m'entends !
Évidement que je l'entendais, ça faisait deux mois que chaque matin elle venait frapper à ma porte et me demandait de reprendre ma vie en main. Plus facile à dire qu'à faire. Je savais que je devais reprendre le lycée, revoir mes amis, reprendre le dessus et vivre mais pour le moment je survivais plutôt.
- Johanna, descends au moins prendre le petit déjeuner avec moi. Ça fait deux mois que tu n'es pas sortie d'ici, que tu prends tes repas enfermée dans ta chambre et encore, il faut voir ce que tu avales.
- ...
Je voyais bien qu'elle souffrait de cette situation, de mon mal être, de mon renfermement mais comment, comment je pourrais sortir d'ici et constater par le vide de chaque pièce qu'il n'était plus là, que le seul homme qui n'avait jamais compté pour moi nous avait quitté ? Impossible, mon père me manquait trop. De ne pas le voir assis à table avec son café fumant devant lui, en train de lire son journal me renverrait trop à l'évidence qu'il n'y serait plus jamais. Comment passer devant leur salle de bain et ne pas sentir son parfum embaumant la pièce après son passage. Deux mois que je fuyais la réalité, deux mois que je restais dans ma chambre à entendre les voix de ceux qui nous rendaient visite et tentaient, sûrement après une demande de ma mère de me faire sortir. Pourquoi personne ne pouvait comprendre qu'il n'y avait qu'ici que je me sentais un tant soit peu moins malheureuse ? La douleur ne s'effaçait jamais et ne me laissait aucun répit mais ici, enfouie dans mon lit, je pouvais me voiler la face et me dire que tout ça n'était qu'un mauvais rêve, que j'allais bientôt me réveiller et le voir dans le sofa à regarder un match de football. Qu'il n'était pas mort, qu'il n'avait pas disparu ce soir là en venant me chercher.
Vint enfin le moment où elle abandonnait et redescendait seule, dans la cuisine prendre son café. Je savais au son de ses pas lourds qu'elle était malheureuse elle aussi, ça devait être dur pour elle de l'avoir perdu, de ne plus l'avoir près d'elle quand elle se levait ou quand elle se couchait.
Pour moi, les journées se succèdent et se ressemblent, je me réveille, me douche dans ma salle de bain, m'installe dans mon fauteuil et laisse la place à ma tristesse jusqu'à ce que l'heure de retourner me coucher n'arrive enfin et me soulage quelques instants puis, ensuite viennent les cauchemars.
Trois fois par jour, ma mère frappe à ma porte, me demande de sortir et finit par me laisser de quoi manger. Au début je refusais de m'alimenter, je croyais qu'ainsi j'irais le rejoindre mais ma mère a menacé d'entrer de force et de me faire hospitaliser. Depuis ce jour, je prends son plateau et fais l'effort d'en manger un minimum, juste suffisamment pour qu'elle me laisse seule et tranquille.
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